La chronique d’Arnaud-Louis Chevallier: «Un corps qui tient» et «A effleurer se rompre» à la galerie Paris B – «L’innocence des mondes » à la Vanities gallery – Jean-Pierre Morgan au QG 103

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En vieux routard des fêtes, j’évite de sortir le samedi. Je laisse les pauvres travailleurs harassés par une semaine de dur labeur se presser dans des endroits bondés et faits pour eux.  J’ai horreur de faire la queue. Si je dois attendre dans une file comme du temps de l’Union Soviétique, je souhaite avoir aussi les avantages des pays communistes et pas seulement les inconvénients, à savoir une société où il n’y a aucune insécurité, aucun chômage et où chacun dispose d’un large temps libre pour trouver des combines susceptibles d’améliorer l’ordinaire.

Ma vie est faite de cette recherche continuelle de petits avantages. Tout comme un journaliste, je raffole des gratuités, des menus cadeaux de marque totalement inutiles et des mini-privilèges comme le fait de rentrer triomphalement dans un endroit où les personnes sont triées sur le volet. Je me prends alors pour une vedette, alors que mon heure de gloire, lorsque je pouvais m’imaginer être le fantasme de milliers de punkettes russes bloquées derrière le rideau de fer, est terminé depuis longtemps, à peu près au même moment que la chute du mur de Berlin.

Mais je me refuse à ressasser le passé. Il fait beau. Je me sens d’humeur fauve. Malgré mon appréhension d’être encore confronté à la sinistre réalité d’aujourd’hui, je sors. Je rencontre des amis à l’entrée d’une galerie qui termine d’accrocher ses œuvres alors que le vernissage aurait dû démarrer une heure plus tôt. Nous décidons d’aller ailleurs. Chemin faisant, je découvre un petit comptoir de bistrot installé en pleine rue, rempli de verres prêts à être bus. C’est pour une photo, sans doute publicitaire, mais les boissons sont gratuites. Nous faisons une halte bienvenue, avant de repartir vers de nouvelles aventures alcoolisées.

Nous arrivons à la galerie Paris B qui a la caractéristique d’avoir une façade sur deux rues différentes, au 62 rue de Turbigo, d’un côté et au 12 bis rue des Fontaines du Temple de l’autre, dans le troisième arrondissement, ce qui lui permet de proposer deux expositions complètement distinctes en même temps.

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Je me dirige au fond, vers celle intitulée « Un corps qui tient », comme hypnotisé par une immense toile de Tatiana Gorgievski, « The skin I don’t have », qui me rappelle instinctivement de multiples souvenirs. Les images quasi-pavloviennes se bousculent dans ma tête. C’est à la fois osé pour les pervers comme moi et sage comme des taches de couleur pour les autres. L’artiste se défend de toute velléité de provoquer et ça n’en est que plus délicieux.

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Je reviens sur mes pas pour l’exposition « A effleurer se rompre » où je découvre plusieurs œuvres faites d’amas d’étoffes, effilochées par endroit. L’artiste, Golnaz Payani, qui est iranienne, signe ainsi des sculptures revendicatrices contre le voile islamique en découpant et en éfaufilant le maudit tissu censé réprimer les femmes. Il en reste un objet gracieux et aérien qui épouse enfin les seuls courants d’air, uniques mouvements de fond de notre époque.

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Golnaz Payani propose également des sculptures faites de nylon encapuchonné sur lui-même, suggérant des rêveries érotiques comme dans l’exposition voisine. Les bas et les gaines, sont-elles le carcan des femmes d’ici comme le voile l’est des femmes en Iran ?

Je me dirige après vers la Vanities gallery, au 17 rue Biscornet dans le douzième arrondissement où a lieu l’exposition « L’innocence des mondes ». J’y retrouve avec plaisir le noyau dur des amateurs de vernissages, toujours heureux de venir dans cet espace à la direction artistique exigeante et où on est accueilli avec bienveillance.

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On me présente l’une des artistes, Guo Chunyao, qui est chinoise et qui ne parle pas le français. Elle est heureusement accompagnée d’une interprète. Je l’interroge sur l’une des toiles en face de moi, étrangement triste, qui représente une sorte de cour entourée de murs en briques rouges, avec des touches de neige par terre. Par le biais de sa traductrice, elle me fait remarquer qu’il s’agit en fait de maison sans toit. C’est d’ailleurs le titre du tableau. J’imagine que c’est une allégorie autour de quelqu’un qui se construit. Mais à qui il manque un élément essentiel. Peut-être l’absence du père ? Peut-être le manque de l’être cher ? Le tableau, qui fait partie de tout une série nous renvoie à notre propre solitude, glaciale.

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Après m’être réchauffé avec un verre de vin rouge, je poursuis ma tournée en allant au QG 103, situé au 103 rue Oberkampf dans le onzième arrondissement. Cette salle a été reprise depuis quelques semaines par l’équipe qui s’occupait auparavant de l’International et propose désormais de nombreux concerts fort intéressants. J’y retrouve l’excellent DJ Titoon, spécialiste de la musique rock et gothique. Je salue Sébastien Crépinor et Xavier Leroux à l’entrée, gardiens inépuisables de l’esprit alternatif à Paris.

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Jean-Pierre Morgand qui s’apprête à monter sur scène vient me voir. On se remémore l’époque des « Rock in Loft ». On parle de Jean Karakos, fondateur du magazine Actuel qu’il a revendu à Jean-François Bizot, et que nous avons côtoyé tous les deux lorsqu’il dirigeait la maison de disque underground Celluloïd. Nous parlons également de Michel Field, que j’ai connu comme militant trotskyste lorsque j’étais au lycée Claude Bernard et qui l’a embauché comme chroniqueur, des années plus tard lorsqu’il était responsable de l’information sur LCI.

En première partie de concert, passe Jean-Charles Daclin, que je ne connaissais pas et qui propose, seul sur scène avec sa guitare, un récital de morceaux énergiques et ensorcelants.   Puis arrive, avec deux autres musiciens, Jean-Pierre Morgand, ancien chanteur des « Avions ». Il joue de la guitare de façon virtuose et effectue un tour de chant d’une rare efficacité. Et bien sûr, il interprète à la satisfaction générale cette madeleine de Proust sonore qu’est « Nuit sauvage », dans une version très rock, qui correspond bien au lieu et au public présent.

Même le samedi, la vie est chaude, elle est sauvage…

 « Un corps qui tient » et « A effleurer se rompre » jusqu’au 6 juin 2026 à la galerie Paris B
62 rue de Turbigo, 75003 Paris,

« L’innocence des mondes » jusqu’au 26 mai 2026 à la Vanities gallery
17 rue Biscornet, 75012 Paris,

Jean-Pierre Morgan au QG 103
103 rue Oberkampf, 75011 Paris