C’est le début de l’année. Il fait froid et sombre. Je cherche vainement des occasions festives de quitter mon domicile, mais je constate que depuis plusieurs semaines, les vernissages vraiment attractifs autour de la peinture et de la photographie sont plutôt rares. Mes dernières chroniques ont d’ailleurs porté sur des événements très ponctuels, ou sur le lancement d’ouvrages d’art ou la présentation d’éléments de décoration et d’ameublement.
« Il y a des années où l’on a envie de ne rien faire ». Je me remémore cette devise des éditions Saravah, créées par l’acteur-auteur-compositeur-interprète et pionnier de la « world music », Pierre Barouh. Je m’apprête à hiberner. Heureusement, il y a la semaine Paris Déco Off pour me réveiller. Alors que le marché de l’Art Contemporain stagne depuis quelques années malgré la croissance continue des achats en ligne, entrainant la fermeture d’un certain nombre de galeries et le recentrage de la plupart de celles qui restent sur la promotion de valeurs sures ou la simple location d’espace, la créativité jaillit avant tout, maintenant, du monde du Design.
Je profite donc de Paris Déco Off pour me plonger dans un bain de fraicheur novatrice. Je ne peux, évidemment, pas parler de tout le monde, sauf à faire une liste indigeste et aussi attirante qu’un annuaire des pages jaunes. Je préfère me concentrer sur les trois lieux qui m’ont le plus ébloui, en me limitant à la rive droite, par pure partialité géographique.

Je me rends d’abord à la Maison Archik, au 14 rue de Montmorency, dans le troisième arrondissement de Paris, où j’ai le souvenir d’un très beau vernissage il y a déjà quelques années. On y célèbre, sous le titre générique « L’écrin », les créations de Marie Jeunet qui m’accueille et m’explique qu’elle a découvert sa vocation de designeuse pendant la période de confinement liée au covid. Le hasard fait donc bien les choses.

Elle propose un univers féérique de luminaires en marbre fin, où l’éclairage met en valeur les fêlures de la pierre qui semble prendre vie sous son impulsion créative. Les pièces parallélogrammatiques ou prismatoïdes, minutieusement façonnées par des artisans maniant remarquablement les techniques de découpe, sont, par essence, uniques et donc, plutôt onéreuses.

Elle propose, à côté, sa collection « le Rade » d’objets plus abordables, inspirés de l’univers du bistro, avec des porte-œufs, des dessous de verre ou des porte-serviettes en laiton recouvert d’argent. Tous ces éléments se complètent harmonieusement et laissent une délicieuse impression d’éclat et d’abondance.

Juste à côté se trouve, au 6 rue de Montmorency, la librairie des éditions Loco où se déroule une fête pour les vœux de la nouvelle année. Sur la table centrale y sont exposés les très beaux livres d’architecture, de photo et d’art que propose l’établissement. Je remarque, aux murs, les magistrales photographies de Françoise Evenou extraites de son ouvrage « Les reines du bois ». Cela me renvoie à l’excellent article sur la prostitution paru dans l’Imprévu Permanent (cf. https://www.imprevu-permanent.fr/24-vive-la-prostitution).

Dans le cadre des événements de Maison & Objet in the City qui est l’une des composantes de la semaine de Paris Déco, je me rends à la galerie Anne Jacquemin Sablon, au 34 rue Coquillère dans le premier arrondissement. J’y découvre l’exposition « Stèle – collection Erosion » du designer Alexandre Labruyère.

J’admire la finesse du bureau près de l’entrée du magasin, constitué de courbes douces en bois. L’ensemble est complété par des étagères de même nature aux formes tout aussi élancées. C’est élégant et suffisamment peu volumineux pour pouvoir être intégré dans un appartement parisien.

Au fond de la salle, je remarque une coiffeuse façonnée avec le même bois et selon les mêmes principes, mais mon regard est irrésistiblement attiré par des poteries en terre cuite sombre et lissée, posées sur une table monumentale. Elles proviennent du Mexique. Comme le bureau ou la coiffeuse, elles introduisent une part de nature domestiquée qui apporte un supplément d’âme et de vie aux espaces où elles se trouvent.
Mon troisième coup de cœur en matière de Design, porte sur le nouveau showroom de la marque Accent Rouge qui s’est ouvert en début de semaine au 16 rue du Mail dans le deuxième arrondissement. Etendu sur deux étages, il propose des espaces aménagés d’un luxe feutré et exquis.

Je remarque tout particulièrement des luminaires mus par un mécanisme électrique qui permet à chacun de ses compartiments de grossir puis de s’aplatir alternativement. On peut regarder leur mouvement pendant des heures. C’est ludique et reposant.

Aux murs, se trouvent de grandes plaques de marbre ou de bois. La responsable du produit m’explique qu’il s’agit de radiateurs. C’est étonnant mais c’est bien plus beau que les appareils de chauffage classiques.

Je termine par un espace de vie au fond du deuxième étage, orné d’un quadriptyque magistral de l’artiste japonais Shinsuke Kawahara qui représente les 24 saisons (car au japon, on considère qu’une saison correspond à une quinzaine de jours). Le vaste canapé, avec ses teintes douces et chaleureuses est un véritable appel au sybaritisme.
Je m’imagine me vautrant dans la paresse et la béatitude, feuilletant les livres des éditions Loco, une coupe de champagne à la main. Je ne sais pas si, dans ces conditions-là, j’aurais même eu la velléité de sortir de chez moi. C’est la nature qui revient au galop. Finalement, ça ne se compte pas en années, mais il y a des saisons où l’on a envie de ne rien faire.
Marie Jeunet à la Maison Archik, 14 rue de Montmorency, 75003 Paris
Editions Loco, 6 rue de Montmorency, 75003 Paris
Alexandre Labruyère à la galerie Anne Jacquemin Sablon, 34 rue Coquillère, 75001 Paris
Nouveau showroom de l’établissement Accent Rouge, 16 rue du Mail, 75001 Paris

