Enfant, je n’aimais pas être enfant.
Je n’aimais pas être tributaire des adultes pour me nourrir, choisir mes vêtements, décider de l’heure à laquelle je devais me coucher ou me lever. Je n’aimais pas qu’on décide à ma place pour tout et pour rien. Je n’aimais pas qu’on ne réponde pas à toutes les questions que je pouvais poser sous prétexte que j’étais trop petit pour tout savoir. Je n’aimais pas bouger partout et me dépenser sans but. Je préférais jouer calmement, à des jeux de cartes ou des jeux de société, comme si j’étais déjà une grande personne. D’ailleurs, je préférais la compagnie des adultes à celle des autres enfants. Encore maintenant, je ne tolère que les gamins sages et bien élevés, et encore, à dose homéopathique.
Loin de l’univers merveilleux qu’on prête au monde enfantin, c’était pour moi un purgatoire où l’on est sans cesse contraint, surveillé, évalué, infantilisé. Je n’étais pas malheureux pour autant, mais j’aspirais à atteindre au plus vite l’indépendance qu’on gagne avec l’âge.
Il y avait, bien sûr, des moments de joie. J’aimais bien Noël, les guirlandes géantes qu’on suspend au-dessus des rues commerçantes, l’atmosphère festive qui plane sur la ville et les cadeaux que je recevais le 25 décembre. Dans ma famille, il était de tradition que tout le monde offre quelque chose à tout le monde. Entre les parents, les grands-parents, les enfants, les cousins, les oncles et les tantes, c’était donc une cinquantaine de cadeaux que chacun devait acheter. Compte tenu du nombre, il y avait beaucoup de petits présents pour lesquels il était nécessaire de faire preuve d’imagination et d’une bonne connaissance des goûts du récipiendaire pour compenser la modicité du prix. Dans cette optique, l’achat et le choix de l’emballage faisaient partie de la fête autant que le moment de la remise ou de la réception des cadeaux. C’était joyeux. C’était festif. Mais la fête peut-elle être un moyen efficace d’adoucir la prison que constitue l’enfance ?
De nos jours, les enluminures de Noël démarrent de plus en plus tôt. Avec le temps, ma famille proche s’est considérablement réduite, mais je continue à être sensibilisé aux cadeaux qu’on peut acheter pour un prix raisonnable et qui sont susceptibles de faire plaisir.

C’est à cela que je pense lors du lancement, à l’ancienne discothèque des Bains-Douches devenu depuis l’hôtel Les Bains Paris, au 7 rue du Bourg l’Abbé, dans le troisième arrondissement de Paris, du livre de Foc Kan intitulé « 80’s Paris nights » aux éditions Florentin. C’est un ouvrage imposant de trois kilos, bourré de magnifiques photographies réalisées par l’auteur sur la nuit des années 1980 et 1990, avec quelques pages de texte explicatif. Qu’il s’agisse du livre ou de la séance de dédicace, c’est joyeux, c’est festif, c’est rafraichissant et on y retrouve une multitude de figures qui ont contribué à la grandeur de la nuit parisienne.

Je me rends un peu plus tard à la galerie Arts Factory, 27 rue de Charonne, dans le onzième arrondissement, pour l’exposition de la graveuse japonaise Atsuko Ishii qui fête ses trente ans d’activité. J’apprécie la douceur et l’apparente simplicité de ses eaux-fortes et de ses gravures sur papier qui restent à des prix très abordables. Elle propose également de mini-estampes, toutes originales et signées, pour la modique somme de 24 euros l’unité, ce qui constitue un cadeau potentiel pas trop onéreux. L’un des murs de l’exposition est tapissé de ces toutes petites œuvres et l’ensemble est remarquable.

Je poursuis ma route pour assister, juste à côté, à une table-ronde sur le thème « Mobilier et Architecture », organisée par l’association Valorisation de l’Innovation dans l’Ameublement (VIA), à la French Design galerie, 120 avenue Ledru-Rollin, toujours dans le onzième arrondissement. C’est l’occasion d’y découvrir l’exposition « Résurgences » des rééditions de meubles de Jean-Michel Frank et Rena Dumas. On y contemple des fauteuils confortables et élancés, des meubles de rangement de toute beauté et des bureaux et des chaises d’une élégance rare. L’association VIA accompagne les entreprises françaises afin de mettre en avant la singularité du design hexagonal. Il est possible de demander conseil pour des cadeaux liés à l’ameublement qui soient à la fois originaux et pas trop onéreux.

Cela me fait penser qu’il serait grand temps de changer les meubles de mon habitation. Au fil des années, j’ai accumulé des œuvres d’art mais mon mobilier est resté quelconque et plutôt bon marché. D’ailleurs, pour bien faire, il faudrait qu’auparavant je fasse refaire les peintures du sol au plafond de toute mon logement et que je remplace la moquette, usée jusqu’à la corde, par un beau parquet chaleureux. Mais l’idée de vivre dans un chantier pendant plusieurs semaines me terrifie. Et puis ça coûte cher…

Surtout, ça demanderait un vrai travail de ma part et je préfère faire la fête. Je souhaite profiter enfin de ma vie de cigale, depuis que j’ai quitté le monde triste et conformiste des grandes entreprises. Pendant toute la vie que j’y ai passé, je n’ai cessé d’évoluer dans un purgatoire où l’on est sans cesse contraint, surveillé, évalué, infantilisé. La fête peut-elle être un moyen efficace d’effacer les souvenirs de la prison qu’a constitué cette partie de mon existence ?
« 80’s Paris Nights » par Foc Kan aux éditions Florentin
disponible à la FNAC et sur https://editionsflorentin.com
Atsuko Ishii jusqu’au 31 décembre 2025 à la galerie Arts Factory
27 rue de Charonne, 75011 Paris
Exposition « Résurgences » jusqu’au 23 janvier 2026 à la French Design galerie
120 avenue Ledru Rolin, 75011 Paris

