La chronique d’Arnaud-Louis Chevallier: «Agidi» à la galerie Vallois – «Factory glass club – robots rétro-futuristes» à Art gallery Pont-Neuf – «Degrés d’humour» à la galerie Pozor

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J’ai toujours adoré les performances, ces happenings artistiques souvent débridés qui permettent de faire partager au public un éclair de folie venu de celui qui l’exécute. Dans la première discothèque que j’ai dirigée, les 120 Nuits, il y en avait pratiquement tous les soirs. C’est un art qui peut s’appuyer sur de la peinture, du théâtre, de la poésie, de la musique, du strip-tease, et parfois, tout à la fois. Il y a des performances extraordinaires. Je me souviens d’une, où les artistes, après avoir fait d’étranges pas de danse dans la pénombre, avaient libéré un filet rempli de pattes de poulet suspendu au-dessus du public, lesquelles étaient tombées sur la tête des spectateurs sans qu’ils en soient préalablement avertis. Effet de surprise et de panique garanti ! Et puis il y en a d’autres qui sont médiocres parce qu’elles trainent en longueur ou parce qu’aucune magie ne se produit. Pour moi, une performance, ça doit être assez bref, mais dense et avec du sens.

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En ce jeudi de printemps, j’arrive à la galerie Vallois, au 35 rue de Seine, dans le sixième arrondissement, alors que l’artiste qui expose, Prince Toffa effectue une espèce de cérémonie tribale en pleine rue, psalmodiant et gesticulant, vêtu d’une cape de six mètres de long, qu’il traîne sur le bitume et dont on s’aperçoit, à y regarder de plus près, qu’elle est entièrement constituée de capsules de café. Tout autour de lui, un attroupement d’amateurs d’art venus à son vernissage et de badauds anonymes le regarde gesticuler et jouer des maracas, à la fois amusé et stupéfait. Quelques automobilistes bloqués s’impatientent, mais Prince Toffa n’en a cure. Il poursuit sa lente marche jusqu’à l’entrée de la galerie où on le libère de son attirail.

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A l’intérieur, on est accueilli par une magistrale statue constituée de dizaines de goulots de bouteilles en plastique. Prince Toffa est un maître de la récupération. Il découpe en éléments réguliers les accessoires qu’il trouve et en fait des sculptures ou des vêtements étonnants avec, par exemple, une mosaïque de petits cercles découpés dans des canettes de bière. C’est assez jubilatoire, à l’image de sa performance. L’exposition, intitulée « Agidi » propose des œuvres à la fois esthétiques, minutieusement élaborées et singulières.

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Je me dirige à quelques pas de là, à Art gallery Pont-Neuf, au 52 quai des Grands Augustins, toujours dans le sixième arrondissement. On y est accueilli par une jeune fille iranienne qui sait mettre en valeur les œuvres qu’elle propose. Pour l’exposition en cours, intitulée « Factory glass club – robots rétro-futuristes », plusieurs personnages composés d’assemblages de bocaux en verre semblent s’être échappés de « Star wars » ou de « Star Trek ». Souvent par paire et dans des couleurs attrayantes, ils constituent des œuvres ludiques qu’on a envie d’avoir chez soi, si on en a les moyens.

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La galerie se poursuit dans l’immeuble d’à côté, au 9 rue Dauphine où une autre jeune fille iranienne me montre d’autres robots en verre, tout aussi attachants que dans le premier espace. Elle me propose ensuite de me désaltérer au fond de la salle où se trouve un authentique comptoir de bistro. On ne sait plus si on est dans un café ou dans une galerie, mais l’endroit est intéressant en soi.

Avant qu’il ne soit trop tard, je prends le métro pour me rendre à la galerie Pozor, au 7 rue Choron dans le neuvième arrondissement où mon ami Pakman expose en compagnie d’excellents autres dessinateurs : Dubouillon, Yves Frémion, Sam Gross, Philippe Krokus et Philippe Mougey pour un événement intitulé « Degrés d’humour ». L’ambiance est chaleureuse et les œuvres accrochées au mur sont remarquables.

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J’apprécie les œuvres de Pakman, au tracé toujours élégant et précis, avec un décalage plein d’humour et de subtilité et souvent anticonformiste. Trois de ses dessins sont exposés cote à cote : une Blanche-Neige qui se noircit le visage, une représentation de l’Amérique trumpiste sur des béquilles et un autre avec le Sergent Garcia qui vient de rencontrer Zorro. La foule venue nombreuse au vernissage s’interroge sur la signification cachée de chacune des images et enchaine sur des considérations extravagantes et décousues.

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Je poursuis ma visite. Je ne peux sur une courte chronique parler de tout le monde, alors que chaque artiste exposé le mériterait, mais je m’arrête sur les dessins de Sam Gross, en particulier celui d’un vendeur de ballons qui se pend à sa marchandise. C’est à la fois amusant, décalé et profondément désespéré. On se surprend à imaginer la vie de cet homme qui, peut-être, ne supporte plus les enfants. On retrace son errance, sa vie sans joie dans des fêtes foraines où tout le monde s’amuse. On l’imagine, rentrant le soir dans un taudis insalubre, après avoir supporté toute la journée des gosses de riches narquois et mal élevés. Peut-être Sam Gross projette-t-il sa détresse au travers de son personnage ? Comme le disait Georges Duhamel, « L’humour est la politesse du désespoir ».

Le vin, en abondance, accorde un sursaut d’imagination même à ceux qui en sont le plus démunis. Les conversations s’élancent et vrillent comme des avions guerriers touchés par des missiles. Quelques éclairs de génie fusent ici ou là. Des traits de folie aussi. Et lentement, les propos débridés qui s’échangent, comme des collages sonores successifs finissent par constituer une œuvre éphémère. Et le vernissage lui-même devient performance.

« Agidi » jusqu’au 2 mai 2026 à la galerie Vallois
35 rue de Seine, 75006 Paris

« Factory glass club – robots rétro-futuristes » à Art galerie Pont-Neuf
57 quai des Grands Augustins et 9 rue Dauphine, 75006 Paris

« Degrés d’humour » jusqu’au 25 avril 2026 à la galerie Pozor
7 rue Choron, 75009 Paris